GRAFFITI
UN GRAFFITI NE MENT JAMAIS.
On me reproche parfois de ne pas peindre pour plaire. C’est parfaitement exact. D’ailleurs, je ne suis pas davantage disposé à peindre pour déplaire. Je peins essentiellement parce qu’il existe, chez certains individus fragiles psychologiquement, une nécessité pathologique de projeter des pigments sur des surfaces verticales en espérant secrètement que cela résoudra des problèmes dont ils ignorent eux-mêmes la nature exacte.
Le spray possède cette vertu remarquable de transformer une névrose privée en manifestation publique. Ça sent le solvant, ça vous noircit les doigts, ça s’infiltre dans les poumons avec la discrétion d’un huissier de justice et pourtant on y retourne. Sans doute parce que le graffiti est moins une discipline artistique qu’une conversation désespérée entre un être humain et un mur qui, par définition, ne répond jamais.
Les murs ont d’ailleurs sur les hommes un avantage moral considérable : ils écoutent tout et ne jugent rien. Ils encaissent les slogans, les colères, les déclarations d’amour orthographiquement approximatives et les angoisses existentielles des artistes urbains sans jamais réclamer d’explication.
Certains avant nous l’avaient compris. Les enfants des rues le savent intuitivement. Quant à moi, je continue à projeter sur le béton mes fantômes personnels, mes obsessions et quelques hurlements soigneusement étouffés. Le mur devient alors un confident idéal : il ne vous interrompt pas, ne vous contredit pas et qualité devenue rarissime chez les êtres vivants, il ne prétend jamais comprendre ce que vous avez voulu dire.





































































